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Forum JDR post-apocalyptique dans un monde contemporain alternatif en proie aux zombies, à des créatures pires encore ainsi que des événements surnaturels.
 

Jarod Blake
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Jarod Blake


Fiche de personnage
Points de RP:
Jarod Blake Debuba11155/2000Jarod Blake Videba10  (155/2000)
Etat Mental:
Jarod Blake Debuba1050/100Jarod Blake Videba10  (50/100)
Informations scénaristiques:
Jarod Blake

Jeu 21 Oct - 22:18
Fiche d'identité

Prénom(s) : Jarod

Nom : Blake

Né(e) le : 10/11/2002

À : Mid City South, Bâton-Rouge, Louisiane.

Métier : Sans emploi ; délinquant.

Particularité(s) :
- Une tête de mort pleine tatouée sur le dos de l'auriculaire gauche.
- Le signe de l'infini, géométrique, tatoué sur la base droite de la nuque.
- WOLF tatoué sur les quatre doigts de la main droite (lien).
- Une ligne irrégulière sur la cuisse droite, suite à un déchirement lors d'un accident de motocross.
- Quelques cicatrices sur le dos des mains et des pouces, assez anecdotiques.
- Une cicatrice en demi-lune à l'intérieur de l'auriculaire droite, suite à un écrasement de porte.

À-propos

Thème musical :


Feat : Ben Barnes
Type : Survivant

Description physique

Grand d'un mètre quatre-vingt-six, Jarod est un homme certes séduisant, mais qui ne se démarque pas particulièrement du spectre masculin. Il est à bien des égards un archétype de « brun ténébreux » : ses yeux sont si sombres qu'ils paraissent noirs et se confondent avec ses pupilles, tandis que sa chevelure assez lisse et pourtant non dénuée d'un peu de volume, s'étale d'une relative longueur qui tombe par moment dans l'encadrure de son visage. Son nez n'étant ni épais ni fin, ses traits ni robustes ni efféminés, et ses lèvres d'une neutre conception, il se confond aisément parmi les masses. Cela n'a pas été sans l'aider à échapper à la police de nombreuses fois, puisque hormis préciser son charme naturel, les descriptions au sujet de ses attraits physiques ont toujours eu la fâcheuse tendance à user et répéter les termes « moyen » et « banal ».

Il porte régulièrement depuis qu'il a atteint le quart de siècle - et constamment depuis l'apocalypse - une barbe modérément fournie, qui peine à pousser plus long ou se vieillir même s'il ne l'entretient jamais et se contente à peine de la savonner de temps à autre - si sa situation le permet tout du moins. Serait-il surprenant de soulever la confortable normalité de sa silhouette ? S'il n'a jamais eu de kilos en trop et que certains tracés de son torse, de ses biceps et de ses trapèzes lui sont naturels, sa préférence pour le versant compétitif de pratiques sportives motorisées, aussi bien de courses de voitures que de parcours de motocross l'ont tenu éloigné d'un travail assidu de sa plastique ; ses goûts en matière d'efforts physiques orientés vers le football, la course à pied, le tir clandestin et quelques pompes occasionnelles.

De ce fait, il ne s'est jamais illustré d'une épaisse musculature ou d'abdominaux sculptés tels des « tablettes de chocolat », mais conserve une certaine proéminence pectorale accompagnée d'une sèche naturelle qui lui suffit à n'avoir jamais eu à l'idée de complexer d'être torse nu. Étant assez grand, il profite d'une stature plutôt élancée ainsi que d'une forte poigne. Son air général est assez transparent, il ne sait pas cacher son ressenti immédiat et sa mâchoire construite met en évidence toute expression spontanée, de la grimace à la contraction, ce qui est récurrent chez lui.

Si le sourire n'est pas totalement absent, il n'a rien d'une norme, car la mélancolie et la colère intériorisée sont davantage son quotidien et marquent son attitude. Il a un regard qui peut paraître provocateur et condescendant, bien que cela soit plus dû à son amertume quasi constante. Il n'a pas une voix spécifiquement grave, cependant son intonation assez basse quand il est calme appuie en ce sens, tandis qu'une mélodie agréable à l'ouïe quand il s'exprime laisse deviner son potentiel de chanteur. À l'inverse, ses élans de colère sont assez explosifs jusque dans la sonorité qui perd toute musicalité et s'écorche d'une manière qui peut faire froid dans le dos.

Difficile de dire si émane de lui un charisme quelconque, puisque cela dépend de la personne qu'il a en face. De prime abord, il peut tout aussi bien être plutôt attrayant pour son prochain de par son physique et intimidant à cause de cette retenue froide qui le connait ou au contraire, paraître d'une normalité oubliable. Jarod n'a jamais cherché à attirer les regards, mais plutôt à se fondre dans la masse et ça se ressent dans sa manière d'être, étant donné qu'il n'est pas du genre expansif, préférant s'imposer une certaine mesure et parfois se faire plutôt discret. En tout cas c'est ce qu'il essaie de faire, bien que - comme dit plus haut - il est capable d'avoir des épisodes rageurs qui peuvent frôler l'insensé.

Toute personne ayant des facultés correctes observation et analyse peut très vite déceler chez Jarod des tics relatifs à une addiction ou une forme naissante ou modérée de névrose, notamment des clignements d'yeux trop vifs, des pressions ou passages intempestifs de la langue et sur sa lèvre inférieure, des froncements de nez, des contractions invasives de ses phalanges ou encore une irritabilité injustifiée par moments.

Description psychologique

Jarod est un homme qui a eu une enfance particulièrement compliquée, ce qui l'a marqué à l'âge adulte et la vie qu'il a menée avec son père durant la dizaine d'années avant la mort de celui-ci n'aida guère le fils à se stabiliser psychologiquement. Il n'a rien d'un déséquilibré cependant, seulement un gars écorché par une vie de délinquance et de peines qui prit en grief la société organisée, plutôt marginal et un tantinet anarchique, les derniers temps avant l'apocalypse furent sous l'égide de l'inutilité. Oisif, alcoolique, drogué, il était à la fois perdu et désemparé par le tournant dramatique de sa vie, quand bien même il avait conscience depuis longtemps des risques encourus et le fait que rien n'était juste ou facile, il lui fallut un moment pour se remettre de la perte de son idole.

L'homme n'en est pas moins intelligent et censé lorsqu'il est sobre, talentueux de ses mains, aussi bien dans certains domaines artisanaux qu'avec les femmes, son physique séduisant et son air mélancolique ont toujours su lui attirer les bienfaits du sexe opposé sans qu'il ne fasse d'effort, ce dont il profita pour se changer les idées et se défouler de frustrations annexes dues au chaos latent de son quotidien. Même s'il a déjà fait du mal à son prochain, ça ne l'a pas laissé indifférent et il n'a rien d'un individu sadique ou qui aurait tendance à savourer une situation en sa faveur pour imposer son ascendant, il est plutôt mesuré et attentif à ce qui l'entoure, cherchant à prendre des décisions qui seraient les moins susceptibles de provoquer des catastrophes, il favorise de jouer la prudence plutôt que l'audace.

L'apocalypse a eu pour bénéfice d'amoindrir ses mauvais penchants pour privilégier de mettre en avant son habileté à la débrouille, ses connaissances et surtout, de lui fournir un but. Cet objectif qu'il s'est donné, s'il se rend compte d'à quel point c'est presque fou et lui promet des épreuves terribles, il se refuse à lui tourner le dos et donc, à leur tourner le dos. Après des années à cultiver la honte perçue vis-à-vis de son défunt oncle, il vit en ce défi salvateur l'occasion de conférer un sens à sa vie et obtenir une certaine forme de rédemption auprès de Dieu. Il est probable que son père n'approuve pas ses décisions depuis l'outre-monde, mais pour Jarod, protéger ces trois vies est aussi une manière de se détacher de celui qu'il admirait pour devenir un homme à part entière, être fier de ses choix.

Cela n'a rien d'aisé et entraîne fatalement, pour chaque bon comportement s'il en est, un lot de conséquences et de décisions dures qui le minent encore aujourd'hui. Néanmoins, à l'instar d'un père pour ses enfants, même si ce n'est pas le cas au réel, Jarod est prêt à tout pour elles, et pour lui. En eaux troubles entre ses aptitudes et son passif à l'agressivité, sa colère intérieure, son désir ardent de lutter pour l'humanité par la violence et le sang, ses addictions invasives et sa volonté de faire ce qui est juste, au moins pour ceux dont il a la responsabilité, son espoir vain, mais qui continue de subsister d'un avenir meilleur et plus pacifique, son attrait pour une vie peut-être plus simple et l'envie de créer plutôt que de détruire... tout ça le font dériver d'un pan à l'autre de l'océan de son existence dont l'étendu n'est pas défini et le sens difficile à choisir.

Pour le moment et en dépit du tiraillement et des questionnements qui le dévorent, en l'incarnation du souvenir de son père tantôt ange à son épaule droite, tantôt diable à son épaule gauche, une justification à vocaliser ses angoisses et débattre avec lui-même sans vraiment se rendre compte du caractère anormal de la chose, il se concentre sur sa propre survie, mais aussi et surtout celle de ses jeunes protégés qui ne dépendent que de lui. Une charge affreusement lourde qu'il n'a tenue jusqu'ici que de peu, constamment pressé par le temps, le manque de ressources, les dangers et les difficultés qui blessent ces êtres chers. Il marche sur un fil trop fin qui est désormais prêt à casser.

L'Oasis est à ses yeux la dernière chance pour lui de mettre ceux qu'il aime un minimum à l'abri du besoin et du désespoir qui les collent et ne demande qu'à les faire sombrer dans l'abysse, terrifié à l'idée qu'il ne subissent d'insupportables souffrances ou qu'une mort atroce ne les fauche.
Equipement Porté :
Capacité : 2/7
Épieu de chasse
Talkie Moderne
Accessoires Pratiques :
1er Munitions 3/3 : -
Tête : -
Torse : -
Bras : -
Flancs : -
Taille : -
Jambes : -
Véhicules 1/3
GMC Terrain 0/3
Contenants Personnels :
Dos 18/30
Grand sac
Console technologique (8)
Nécessaire d'usinage (5)
Kit d'affûtage (5)

Coffre 129/200
GMC Terrain
Outils Électroportatifs (15)
Boite à outils (8)
Engrais (10)
Stock de maçon (25)
Pièces détachées (10)
Casque de spéléo (6)
Rations périmées (15)
Casque de moto (8)
Pièces d'armement (2)
Rations pour animaux (15)
Rations pour animaux (15)
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Jarod Blake


Fiche de personnage
Points de RP:
Jarod Blake Debuba11155/2000Jarod Blake Videba10  (155/2000)
Etat Mental:
Jarod Blake Debuba1050/100Jarod Blake Videba10  (50/100)
Informations scénaristiques:
Jarod Blake

Jeu 21 Oct - 22:18
Histoire - Chapitre I

1834, Five Points, Manhattan, New York.

Après des mois d'une lente montée en tension, entre les conflits de gangs, les maladies et la pauvreté qui ravagent le bidonville des Five Points, les pseudoélections locales qui ajoutent au ressentiment et surtout l'hostilité des irlandais envers les noirs qui seraient des concurrents problématiques dans l'accès à l'emploi et au logement, éclate des émeutes baptisées « de Farren ». Durant quatre nuits, des saccages, des pillages, des agressions, des meurtres de toutes natures et toutes sortes d'autres exactions ont lieu. Les habitants s'en donnent à cœur joie, les gangs se déchaînent et les affrontements entre police municipale et métropolitaine ne font qu'accentuer l'embrasement de ces quartiers historiques. Il faudra une répression sanglante de la milice d'état pour mettre fin à cette folie.

Pour Jarod Blake, cette date a une valeur particulière, car s'il est une fierté de famille, c'est celle de leur aïeul, Tyler Blake, aussi appelé « Tyler Rich Requisitioner », un membre des Dead Rabbits, gang irlandais affilié aux Roach Guards, qui aurait tué deux douzaines de natifs, tout autant de noirs et volé une véritable fortune en l'espace de trois jours seulement, avant de se faire la malle avec une bourgeoise vers la Floride d'époque où il commettra d'autres larcins sans jamais se faire prendre. Une histoire peu reluisante au regard de la morale, mais importante pour la descendance Blake, engageant deux siècles de vols et de crimes avec bien moins de succès cependant, une tradition qui va pourtant se poursuivre jusque l'ère moderne.

Jarod naît à Bâton-Rouge, en Louisiane. Il est le fils de Sullivan Blake et de Daisy Welch, un couple très pauvre de Mid City South qui n'a pour seul toit qu'une caravane en location. Alors que sa mère est sans emploi et le restera, son père Sullivan vit de petits larcins et braquages de maigre envergure dans la région, faisant partie d'un petit gang médiocre qui s'autopersuade qu'un jour, ils organiseront le braquage du siècle qui les rendra tous riches. Bien sûr, ça n'arrivera jamais et cherchant à se faire un nom en Louisiane, le gang finira par servir de main-d'œuvre pour de plus gros poissons, balloté d'un bout à l'autre de l'état, avant le drame qui va mettre fin au fantasme d'une vie de gangster libre et réussie, quand les quatre derniers membres, dont Sullivan, tentent sur un coup de tête de braquer une station-service afin de grappiller quelques malheureux dollars.

Manque de chance, le tenancier fait de la résistance, la police est vite alertée et une unité de patrouille qui gérait une bagarre dans un quartier proche arrive en moins de deux minutes. Les choses dégénèrent après une tentative des policiers de dissuader les braqueurs, deux des camarades de Sullivan sont abattus et le troisième arrêté. Seul Sullivan parviendra à s'échapper et ne sera pas arrêté en dépit d'une recherche active dans tout le secteur de Lafayette à la Nouvelle-Ibérie. Jarod n'a alors que trois ans et vit dans un petit espace, la plupart du temps avec une mère alcoolique, grosse consommatrice de cannabis et surtout immature qui laissera plus d'une fois son enfant sortir nu dans les alentours, ce qui sera sujet de moqueries d'une part, mais aussi de critiques du voisinage.

De nombreuses fois, la police sera appelée à cause des accès de colère et des tapages causés par Daisy, ainsi que par d'autres locataires de caravane qui vivent tous sur un terrain à l'abandon du propriétaire seulement intéressé par le paiement des loyers chaque semaine. L'administration refuse de s'occuper des problèmes engendrés dans le quartier et des conflits ne cessent de s'accroître entre les propriétaires des maisons alentour et ceux vivant en caravane. Après le fiasco de la station-service, Sullivan cherchera à monter sa propre affaire basée sur des deals obscurs et des cambriolages amateurs, mais les choses vont mal se passer et il finira plusieurs fois au poste. Heureusement, il n'est pas plus inquiété, ce qui ne facilite par sa vie puisqu'il passe son temps à se disputer avec sa compagne devant leur petit garçon délaissé, Daisy presque constamment saoul ou sous l'emprise de stupéfiants tandis que Sullivan n'assume pas vraiment sa paternité.  

Le manque d'argent, les retards de loyer et la difficulté à se nourrir correctement poussent de plus en plus Sullivan à s'absenter pour essayer de monter des plans illégaux plus ambitieux, et Daisy à se désintéresser de Jarod. Les choses vont cependant changer du tout au tout quand, un soir, pendant que Sullivan prépare un cambriolage avec deux autres délinquants de Bâton-Rouge et que Daisy est une fois de plus sous emprise, Jarod ouvre un placard du coin cuisine de la caravane et se saisit d'une bouteille de javel restée ouverte, dont il ingurgitera presque la moitié.

Lorsque Sullivan rentre chez lui au milieu de la nuit et qu'il ne trouve personne dans la caravane, le stress est aussi immédiat qu'il nourrit depuis longtemps alors la crainte que Daisy ne vrille et ne finisse par partir ou faire une bêtise. Si ce n'est pas le cas, le stress va pourtant continuer à monter crescendo en apprenant des voisins qu'elle est sortit en pleurant et en hurlant de l'aider, Jarod inconscient dans les bras, et qu'une ambulance appelée par d'autres locataires les aura embarqués deux heures plus tôt. Sullivan grimpe alors dans sa vieille voiture rafistolée et fonce à l'hôpital, où il trouvera Jarod et sa compagne dans des chambres séparées, le petit dans un état critique et pleurant toutes les larmes de son corps tant sa souffrance est grande, en dépit des premiers actes médicaux, et Daisy amorphe dans une autre aile de l'hôpital.

Une infirmière apprend au père dans la même conversation que sa « femme » a été mise sous calmants après avoir fait une crise d'hystérie, que son petit garçon a manqué de peu d'y passer et doit être hospitalisé au moins plusieurs jours, du montant qu'il va devoir pour les soins aux deux et la venue imminente de la police pour se saisir du problème. Sous le choc, Sullivan hésite à s'enfuir, mais il prend conscience qu'il a failli perdre son petit et réalise par la même occasion à quel point il tient à lui en dépit de son absentéisme de jeune père incapable de se responsabiliser. Il reste auprès de Jarod, désintéressé de Daisy et à l'arrivée de la police, il est interrogé puis conduit au poste où le rapprochement sera fait au bout de quelques heures d'avec les événements de la station-service moins d'un an avant.

Cette fois, il n'a plus d'échappatoire : la police annonce à Sullivan son transfert dès le lendemain vers le Louisana State Penitentiary situé plus au nord dans la paroisse de Feliciana Ouest, en attendant son passage devant le juge. On lui explique également que Daisy va aller au tribunal pour répondre de ce qu'il s'est passé et son incapacité à s'occuper de Jarod, qui sera probablement confié aux services sociaux et placé en foyer d'accueil. Dévasté et résigné, Sullivan sera jugé coupable et condamné à trois ans de prison seulement, le juge sensible à la repentance de ce jeune père de vingt-deux ans en larmes au tribunal, s'excusant platement et promettant de se ranger définitivement afin de s'occuper de son fils pour qui il est rongé de culpabilité et d'inquiétude.

Il va purger sa peine dans le centre pénitencier de son transfert, tandis que Jarod est placé comme supposé en foyer d'accueil. Heureusement pour lui, le garçon se retrouve au milieu d'autres enfants plutôt gentils et de femmes assez douces, à l'exception de la directrice dont l'approche ayatolliste vaudra à Jarod d'être fessé et enfermé dans un placard de nombreuses fois. Lui qui était si effacé et calme lorsqu'il vivait avec sa mère, en dépit des disputes et du chaos de son existence, prit un caractère très expansif au sein du centre, pleurant pour tout, bousculant et tapant d'autres enfants de son âge ou plus petits au moindre prétexte, il est loin d'être facile à vivre quand bien même certaines punitions de la directrice relèvent de façon évidente de l'abus et d'un certain acharnement à son égard.

Histoire - Chapitre II

Durant ces trois années il n'aura plus de nouvelle de sa mère, et son père, depuis sa cellule, reçoit le soutien d'un vieil ami qui a bénéficié de l'appel autorisé lors de l'incarcération, Easton Wilbur, un camarade de cinq ans son aîné avec qui il a partagé plus jeune la passion des compétitions de motocross et qui est aujourd'hui un artisan paisible du nord texan. Easton, qui fit la route jusqu'en Louisiane pour prendre des nouvelles de Jarod et visiter Sullivan, apprend à ce dernier que Daisy a mis les voiles sans même avoir dit adieu à son fils et que si ce dernier semble bien traité au centre d'accueil, les récits quant à son caractère difficile témoigneraient d'un mal être attendu pour un petit garçon privé de ses parents. Easton fait promettre à nouveau à Sullivan de tenir le coup, d'arrêter pour de bon ses « conneries » et de le rejoindre à Jacksboro avec Jarod aussitôt sorti de prison.

Au centre, les choses tendent à se dégrader et la directrice accentue progressivement et sûrement les punitions corporelles à l'encontre de certains enfants difficiles, dont Jarod de plus en plus enfermé et malheureux, ce qui va créer une atmosphère de culpabilité conduisant à un signalement d'une des auxiliaires auprès des services sociaux. La directrice en question finira par être mise en examen, puis licenciée, remplacée par un directeur qui se montrera beaucoup plus investi par son travail. Monsieur Doyle exigera une plus grande patience des auxiliaires dont une partie sera très vite remplacée, le centre sous l'œil étroit de l'inspection après l'affaire de l'ancienne directrice qui a fait écho au sein des médias locaux et suscité de vives critiques.

Grâce à cette nouvelle atmosphère, Jarod qui se montrait comme un enfant très isolé et atteint de troubles du comportement va s'apaiser, manifester un plus grand intérêt pour ses repas qui avaient tendance à être très courts et progresser dans le domaine du langage et de l'interaction sociale. Ca ne sera pas simple et il faudra plus d'une année avant de constater de concrètes améliorations, ainsi quand Sullivan sort de prison et retrouve Jarod au centre, ce dernier est encore sujet a des besoins importants en suivi orthophonique, psychologique et pédopsychiatrique. Sans surprise, la situation instable du père ne lui permet pas de pouvoir prendre en charge son enfant au quotidien, et encore moins répondre à l'ensemble des attentes des services sociaux.

Sullivan envisage rapidement de prendre son enfant de force avant de gagner le Texas, mais Easton qui continue de le soutenir le dissuade, menaçant d'ailleurs de lui mettre son pied au cul s'il retombe dans ses travers à peine sorti. Ca donne lieu à une dispute entre les deux hommes, Sullivan ayant du mal à gérer sa nouvelle liberté et la pénibilité qu'engendre son absence de moyens et l'impossibilité d'être près de son fils, alors que la chose l'avait obsédé en prison. Toutefois, il finit par entendre raison et en dépit de son abattement, quitte la Louisiane pour rejoindre Easton au Texas et y reconstruire sa vie. Jarod quant à lui restera un an de plus environ dans la structure, profitant des subventions de la collectivité pour découvrir le zoo et le cirque lors de sorties, il poursuit sa progression du langage et son apaisement global, se familiarise avec la panoplie des couleurs qui lui servent à faire des dessins et d'autres menus détails de ce type qui lui étaient presque étrangers jusque là, témoignant de son décalage d'avec la normalité d'un enfant de son âge.

C'est au jour de ses sept ans que son père, qu'il ne voyait que très occasionnellement et de courts moments, vint lui annoncer - sans que le garçon ne comprenne vraiment - qu'il a récupéré sa garde et peut à présent s'occuper de lui convenablement. A l'issue de presque deux semaines durant lesquelles Sullivan se confrontera à la paperasse administrative et quelques obstacles, notamment du centre lui-même, il peut enfin quitter la Louisiane définitivement et emmener Jarod en taxi jusque la frontière où Easton les récupèrent en pick-up. Muet et intimidé par ces changements, Jarod est peu réceptif à l'enthousiasme de Sullivan qui n'aura pas manqué les premiers jours de leurs retrouvailles de verser quelques larmes, et à la bonne humeur habituellement communicative de Easton, un grand moustachu aux larges épaules porteur de chapeau de cow-boy et de ceintures en cuir à large boucle de cuivre, un vrai cliché de la campagne texane.

Jarod fait connaissance avec son nouveau chez lui : Jacksboro, une petite ville à cent bornes au nord-ouest de Fort Worth et un peu plus de Dallas, qui compte quelques milliers d'âmes et un calme certain. Easton y tient depuis des années un terrain commercial et artisanal à la sortie ouest, où il emploi plusieurs personnes dont Sullivan pour gérer un shop, une station-service et un garage au bord de l'axe routier 281. Sullivan installe son fils dans la maison de Easton située à l'arrière du terrain, où une chambre personnelle et préparée l'attend. Ce vieil ami étant un célibataire endurci vivant dans une maison trop grande pour lui, il en a laissé une bonne moitié pour que Jarod et son père puissent avoir tout ce qu'il leur faut en pièces et en espace. Dès lors pour Jarod, ce sera oncle East et sa vie va grandement changer.

Histoire - Chapitre III

De par la proximité du lieu de travail et la tranquillité du vaste terrain, Jarod peut librement gambader comme un daim et traîner dans les pattes de son paternel ainsi qu'oncle East. Il devient une vraie mascotte pour les employés et les clients appréciant la gentillesse du garçon et sa bonne éducation, ce qui surprend même Sullivan. Car Jarod est poli, volontaire et attentif, ce qui va très tôt susciter une grande affection de la part de Easton comme de Sullivan qui, en finalité, apprenait à connaître son fils également. Très vite, père et fils vont se rapprocher, tout autant que Jarod se rapprochera de son nouvel oncle et chacun va lui apporter beaucoup en dépit des apparences.

Au-delà du fait que les deux adultes soient des acharnés de travail, chose plus récente mais également acquise du père à présent qu'il est rangé, Jarod aura l'occasion d'observer l'un et l'autre s'atteler derrière la caisse, dans les rayons du magasin, à la station-service, mais aussi et surtout au garage où toutes sortes de véhicules passaient en cause de pannes spontanées sur l'axe routier, ou des réparations pour le compte du voisinage. Easton étant plutôt réputé pour être un type honnête, certains venaient du centre-ville dans l'unique but d'éviter les escrocs plus proches d'eux et confiaient leurs voitures, leurs motos ou leurs camions au moustachu. C'était notamment le cas d'une société de transport très active qui avait fait du garage son point de chute de prédilection pour arranger les nombreuses bêtises des chauffeurs à moindre coût.  

Au bout de quelques mois et avec l'insistance de Easton qui tenait l'école en institution, Sullivan se décida à inscrire Jarod qui rejoignait alors les bancs de l'apprentissage. Il fut d'abord assez mauvais élève, néanmoins face aux gros yeux et au ton fâché de Easton, il fit l'effort d'obtenir la moyenne, puisque si la perspective d'une bonne instruction était le premier intérêt de l'oncle, celui de Jarod était davantage tourné vers les copains - qu'il se fit sans mal, les jeux de cartes dans la cour de récréation et le football à la fin de la journée. Le soir était consacré aux devoirs et à la lecture, car si Sullivan n'était pas très assidu, quand bien même il avait conscience de l'importance de l'école, Jarod pouvait compter sur son oncle pour être derrière lui et le pousser à rattraper un minimum son retard.

A contrario, c'est de la motivation de Sullivan même que le jeune garçon eut des rendez-vous avec une orthophoniste de la ville, ainsi qu'un centre spécialisé trois fois par semaine pour l'aider à réparer ses difficultés sociales et linguistiques. Des coûts quotidiens loin d'être négligeables que le paternel se débrouillait de régler avec l'aide de Easton. Même si l'oncle n'avait pas lui-même de famille et que Sullivan avait encore bien des choses à apprendre dans son rôle, le soutien mutuel qu'ils s'apportaient suffisait à compenser les lacunes et faire en sorte que Jarod soit bien encadré.

Le week-end, Jarod traînait sur le terrain dédié aux commerces étant donné que les deux hommes travaillaient pratiquement sept jours sur sept, et petit à petit, ceux-ci et les employés entreprirent de montrer au garçon leur métier, lui inculquant la valeur de l'argent, le coup de tournevis et à quoi ressemblait l'intérieur d'un véhicule. Étonnamment, le fils Blake avait de grandes facilités dans les travaux manuels et le sport, témoignant d'une motricité et d'une faculté de logique supérieures en opposition à ses quelques difficultés. Dans ce nouvel habitat, Sullivan eut d'ailleurs retrouvé le goût des parcours de moto et motocross en compagnie de Easton qui avait dans son hangar personnel plusieurs modèles en plus de son pick-up.

En conséquence de l'intérêt montré par Jarod pour les engins à moteur, Sullivan voulut offrir un beau noël à son garçon et économisa toute l'année de ses neuf ans pour lui acheter une console de jeux avec un assortiment de jeux de sport et de combat, ainsi qu'une petite moto afin de l'initier. C'est aussi de cette manière que père et fils purent accroître leur lien, entre le garage, les jeux de société basés sur l'argent comme le monopoly, les jeux de cartes - plus spécifiquement le poker, les soirées jeux-vidéos où ils s'amusaient beaucoup et l'apprentissage de la moto.

De son côté, Easton emmenait régulièrement Jarod dans son grand hangar où, en plus de stocker ses véhicules, il s'y adonnait à d'autres hobbits, dont la forge, disposant d'un four artisanal, d'une enclume, de bois de cerfs, de métaux de récupération, principalement des pièces de voitures usées, et d'une fonderie individuelle pour forger des couteaux essentiellement ; qu'il signait d'une petite moustache taillée dans la base de la lame. Il faisait aussi de la menuiserie, grâce à une planche à découper, une scie mécanique et tout un tas d'outillages qui lui permettaient de fabriquer des choses variées comme des figurines d'animaux qu'il collectionnait dans une armoire du salon, des meubles pour la maison ou à vendre au voisinage, et d'autres sculptures par loisir. Enfin, il révélait à Jarod qu'il était dans sa jeunesse un grand pratiquant de reconstitutions historiques, ce que même Sullivan ne savait pas, et s'il n'avait plus le temps pour ça aujourd'hui, il continuait à l'occasion de confectionner des costumes et des accessoires à partir de cuir acheté à des copains chasseurs qui vivaient du côté de Crafton.

En bon et talentueux artisan de campagne, quand Easton ne travaillait pas sur son terrain, ce qui était peu fréquent, il était presque tout le temps fourré dans son hangar avant l'arrivée de Jarod. Si donner de l'attention au petit avait été gratifiant, il nourrissait le désir de transmettre son savoir à un héritier et le bougre confia à Jarod qu'il le considérait comme un fils, témoignant de sa tristesse cachée de ne pas avoir pu fonder une famille, chose due à son incapacité depuis toujours à trouver une femme qui ne soit pas immature, instable ou proprement cinglée. Encore un peu jeune pour prendre la mesure de tout ça, Jarod voulut tout de même faire plaisir à son oncle et le rejoignit fréquemment dans le hangar pour travailler avec lui, à côté de ses activités avec son père.

Un train de vie très enrichissant et banal, synonyme de tranquillité, qui perdura des années. L'adolescence fit cependant son œuvre et entre les filles qui devinrent naturellement une obsession, guidé par ses instincts, le besoin croissant d'aller traîner avec ses copains, jouer au football ou faire l'idiot, ainsi que sa passion très prononcée pour le motocross et les défis en la matière l'éloignèrent peu à peu de son oncle. En parallèle, sa relation avec son père était devenue vraiment fusionnelle à mesure qu'il grandissait et Sullivan était davantage un bon copain, voire un meilleur ami, qu'un parent, entre les jeux vidéos, le football et davantage le motocross, sa fierté à pousser et encourager Jarod à fréquenter des filles ou passer du temps avec ses camarades, c'était comme vivre une seconde vie au travers de son fils à qui il laissait tout passer ou presque. Heureusement pour lui et aussi étonnant que ce soit, Jarod n'avait pas vraiment changé de caractère ni n'était devenu un profiteur ou un capricieux, au contraire, c'était un adolescent plutôt posé, qui préférait le sport aux conneries, les filles à la fumette, passer des soirées devant un bon jeu plutôt que dans les rues de Jacksboro et surtout, il n'était pas feignant pour un sou, toujours occupé à bouger et faire quelque chose.

Easton lui, n'en était pas moins triste et contrarié. Triste de voir Jarod s'éloigner de lui et se désintéresser de ce qu'il pensait être des hobbies communs, son héritage, et contrarié de l'attitude de pote de Sullivan, son manque d'autorité ou de cadre et plus encore, sa manie de raconter ses antécédents de bad boy, les braquages, ses démêlés avec la police ou les exploits de leurs aïeux jusque « Tyler Rich Requisitioner ». Le temps passant, l'entente entre Sullivan et Easton alla en effondrement, l'un supportant de plus en plus mal la posture paternaliste et moralisatrice de l'autre, et l'autre le relâchement de plus en plus excessif et l'immaturité de l'un. Les absences de Sullivan au travail et le manque d'entretien dans la maison n'aidèrent pas à atténuer la conflictualité des deux hommes, qui de vieux copains, devinrent des colocataires à peine cordiaux, le tout saupoudré d'une relation patron-employé de plus en plus tendue.

Bien sûr, tout n'était pas rose du côté père-fils non plus, car avec l'âge et la réflexion s'affinant, s’exprimèrent les interrogations de Jarod à propos de son enfance ou au sujet de sa mère dont il n'avait naturellement aucun souvenir. Sullivan aurait pu essayer d'embaumer la réalité, mais il n'en fit rien, incapable de toute manière de mentir à son fils, il lui avait tout raconté au cours de longues discussions autour d'un soda, d'une bière ou sur le banc devant la maison. A la surprise de Sullivan et en dépit des questions nombreuses de Jarod, ce dernier manifestait peu de réactions à tout ce que lui apprenait son père, de nature à intérioriser ses émotions, il revenait peu ou pas dessus par la suite, bien que son père cherchait à solliciter son ressenti, Jarod restait assez évasif et feintait ne pas être trop peiné ni en colère.

Ce n'était évidemment pas aussi simple, mais plutôt que de diriger contre son père sa rancœur envers sa mère et sa jeunesse, parce qu'il aimait et comprenait trop Sullivan pour lui en vouloir, il déchargeait plutôt sa frustration dans ses liaisons amoureuses adolescentes. Jarod était un charmeur, sans forcément chercher à draguer, son physique séduisant, son côté brun ténébreux même jeune et son sourire savaient faire craquer les filles qui avaient tendance à lui courir après sans qu'il ne fasse d'effort. Auprès de demoiselles de son âge, puis de jeunes femmes, il expérimenta aussi bien le charnel que le relationnel et adopta une certaine routine, partagée entre la peur de s'attacher et l'envie de se venger contre l'image féminine, à briser le cœur de ses partenaires qui fatalement se persuadaient souvent du grand amour, immature et passionné.

Il n'était ni cruel dans ses mots ni rude d'attitude à leur égard, à la différence très tactile, taquin et jouant de ses atouts, il laissait les filles miroiter toutes sortes de fantasmes de couple et se projeter dans leur relation tout en se révélant au bout du compte assez indifférent à la chose, allant de fille en fille, parfois sans prendre la peine de prévenir la précédente, il sera à diverses reprises prit sur le fait par sa copine officielle avec une autre conquête. Forcément, il s'attira l'antipathie et parfois les foudres de frères, ou de pères, mais il pouvait compter sur son propre père, Sullivan, pour lui prêter mainforte et le défendre.

Jarod ne cherchait jamais la bagarre, mais il eut l'occasion de la pratiquer, à l'occasion en compagnie de son père qui n'était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, sans jamais avoir vécu de situation excessive qui aurait pu aboutir à un séjour à l'hôpital. De par son passif malfamé, Sullivan n'était pas en reste dans le domaine et il fila quelques tuyaux à Jarod tout en lui apprenant qu'il valait mieux prendre des coups en se battant et souffrir de ceux-ci, plutôt que de se laisser malmener par crainte d'avoir mal, car les blessures physiques en général passaient vite et s'oubliaient, alors que l'humiliation s'inscrivait mentalement sur le long terme.

Histoire - Chapitre IV

C'est au début de ses dix-neuf ans qu'un événement terrible survint. Tandis que Sullivan avait abandonné son poste dans le but d'être présent à un rassemblement sportif en tant que supporter de son fils, qui participait à un tournoi de motocross basé sur des défis chronométrés et des figures, Easton fit un infarctus au garage. Jarod se positionna à la seconde place et malgré la déception, Sullivan su redonner le sourire à son fils et ils fêtèrent tous les deux son succès, mais quand ils revinrent au terrain pour annoncer ça à l'oncle, ils apprirent son hospitalisation d'urgence et la bonne humeur entretenue jusque là laissa place à une terrible culpabilité et surtout, une peur prenante pour le moustachu.

Quand ils avaient rejoint l'hôpital, c'était déjà trop tard : Easton était décédé et les médecins n'avaient rien pu faire. Ce fut un choc pour les deux hommes qui ne parvinrent pas à quitter les lieux de la soirée, abattus et hébétés, même Sullivan qui habituellement avait toujours les bons mots pour réconforter son fils lors de mauvaises passes ou l'encourager à faire face, comme un homme, était resté sans voix. Père et fils organisèrent l'enterrement de l'oncle et ce fut l'occasion de rencontrer Jonah Wilbur, le frère de Easton dont Jarod avait brièvement et vaguement entendu parlé à l'occasion, sans l'avoir jamais vu avant, pas même en photo. Suite à l'enterrement, Sullivan et Jarod restèrent rongés de culpabilité et de tristesse, ce qui empirera quand ils apprendront que Easton avait dans son testament légué son terrain, ses biens et l'argent qu'il avait mis de coté, soit dix-huit milles dollars, à Jarod en accompagnant sa décision d'une lettre poignante demandant au jeune homme de rester droit, juste et bon comme il l'avait toujours été, faisant son éloge, alors que le concerné ressentait une grande honte d'avoir ainsi délaissé son oncle et ce qu'il avait essayé de lui transmettre.

Les choses furent loin de s'arranger après la lecture du testament, car le frère de Easton, Jonah, accessoirement un sale type au regard de Jarod, n'acceptait pas que tout revienne à un gamin qui n'était pas de son sang et il se montra extrêmement virulent et menaçant, réclamant les biens de « sa famille ». La situation dégénéra face au harcèlement quotidien et à l'hostilité presque féroce de Jonah, qui poussèrent Sullivan, déjà instable à cause de sa peine, à l'agresser violemment dans le magasin du défunt Easton. Il lui refit littéralement le portrait devant des clients et les employés, avant que Jarod n'arrive et ne le force à lâcher prise. Un accès de colère incontrôlé qui valu une plainte de Jonah et un passage au poste de police de Sullivan. Le frère Wilbur, qui avait coupé les ponts d'avec Easton pour plusieurs raisons intra-familiales, mais aussi à cause de son intérêt pour les Blake, s'arrangea auprès de relations qu'il avait en ville pour alourdir la plainte et transformer l'agression en tentative de meurtre, photos de ses blessures - assez graves - à l'appui.

Compte-tenu du lourd passif de Sullivan, il ne fit aucun doute pour le père et son fils qu'une sanction exemplaire était attendue, ce que l'avocat ne cacha guère par ailleurs. Il fallut plusieurs mois de procédure avant le passage au tribunal et à l'approche de l'échéance, voyant la situation s'aggraver en leur défaveur et les charges s'accumuler du fait de Jonah qui avait un certain capital - n'hésitant pas à graisser quelques pattes dans le but de faire ressortir de vieilles affaires du placard qui n'avaient pas été jugées et qui impliquaient Sullivan, dont il avait fait fouiller le passé par l'intermédiaire d'un détective privé si tout le reste ne suffisait pas, Jarod fit la seule chose raisonnable pour éviter la prison à son père. Il demanda à rencontrer Jonah et accepta de lui vendre le terrain commercial où se trouvait le magasin, le garage et la station service contre un dollar symbolique, s'il acceptait de retirer sa plainte.

Jonah, qui avait déployé tous ces efforts dans le but de provoquer cette réaction, chercha à obtenir la maison et le hangar également, mais Jarod refusa et le frère Wilbur déclina alors la proposition dans un premier temps. Si Jarod ne voulait pas perdre la maison où il avait grandi avec son oncle et son père, de même que le hangar où se trouvait tout ce qui avait le plus compté pour Easton, il ne voulait pas non plus voir son père retourner en prison. Il s'apprêtait à céder quelques jours avant l'audience, cependant c'est Jonah qui craqua le premier à son grand soulagement et le marché fut conclu, à condition que Sullivan et Jarod démissionnent et ne mettent plus les pieds sur le terrain qui se trouvait à quelques dizaines de mètres de la maison et un peu plus du hangar.

Jarod accepta, fit des pieds et des mains pour accélérer la paperasse administrative et Jonah respecta sa part du marché en retirant sa plainte. Sullivan libéré, ayant été mis en détention préventive et si ce dernier était fou de rage à l'égard de Jonah, son fils soulagé et mal sur le plan émotionnel le convainquit de ne pas insister. En tous les cas, pour l'instant. Jarod passa les semaines suivantes à traîner dans le hangar de Easton, le stress retombant, les larmes vinrent et il eut beaucoup de mal à se remettre de la mort de son oncle, incapable de se pardonner de l'avoir laissé tomber, son intérêt se focalisa sur ce que son oncle avait essayé de lui transmettre et l'entretien de ses motos. L'argent mis de coté par Easton permit à Sullivan et son fils de vivre un temps, mais très vite la liquidité commença à manquer et ils seront pris de court par l'arrivée d'investisseurs : Jonah avait revendu le terrain à une grosse société qui, soutenue par l'administration, comptait réaliser de gros travaux impliquant la destruction des anciens bâtiments, pour aménager un petit centre commercial en bordure de ville dont le projet de construction incluait une station service modernisée, des boutiques, des restaurants et un grand parking.

La mairie impliquée dans des conflits d'intérêt comme la société ont alors réalisé tout leur possible pour faire pression sur les Blake, qui refusaient de vendre. Jonah avait finalement miroité un sale coup pour forcer la main à Sullivan et Jarod et s'ils essayèrent de résister un temps, les travaux d'ores et déjà engagés et invasifs sur le terrain proche, les accès à la maison bloqués par les casses de terrain, les machines et le balisage, ainsi que les plaintes laissées sans suite des Blake finirent par avoir raison de leur ténacité. Jonah Wilbur avait tout fait pour ne rien laisser à Jarod, sans doute par pure fierté mal placée et par rancœur à son égard, mais Sullivan qui voyait son fils encore en deuil se laisser abattre refusa que reste sans conséquence cette injustice. S'il accepta que Jarod revende presque tout, de la maison au hangar en passant par son contenu et la plupart des véhicules, il convainquit son fils de garder deux motos de son oncle pour leur usage, mais aussi de travailler avec lui à se venger de Jonah.

D'abord frileux de prendre des risques, Jarod finit par se laisser emporter par la fougue de son père et ils profitèrent tous les deux du temps accordé par la procédure pour acheter une grand caravane à l'extérieur de la ville, récupérer un maximum du mobilier de la maison et des biens de Easton et revendre auprès d'anciens employés ou de particuliers du coin le pick-up et d'autres affaires. Sullivan en vint à parler à Jarod de quelque chose qu'il avait toujours gardé pour lui jusqu'ici : sa propre enfance. Il lui montra une valise qu'il avait planqué dans un coin de la maison il y a des années et qu'il n'avait pas ressortie depuis, contenant le peu de choses qui lui restaient de son passé, soit des albums photos, des prix de compétition de motocross, un casque de moto et une cassette vidéo.

Il lui raconta qu'il n'avait pas toujours été un délinquant et locataire de caravane avant sa venue au Texas pour rejoindre Easton, mais qu'il avait eu des parents aimants, une maison comme tout bambin normal et une enfance plutôt tranquille, jusqu'à ce qu'un grave accident de chantier ne prenne la vie du grand-père de Jarod et ne pousse sa grand-mère qui avait été mère au foyer et Sullivan, encore adolescent, à la rue, abandonnés du système et trop pauvres pour garder la maison.

Il lui raconta comment des hommes avaient profité de sa mère, qui eut tenté péniblement de donner un toit, de quoi se réchauffer, se nourrir et s'habiller convenablement à Sullivan, et comment elle avait été usée par des contrats de travail abusifs. Cela avait toujours été comme ça : être faible par la pauvreté était pire qu'être faible physiquement, c'était une opportunité pour cette société décadente et tous ceux qui avaient un peu de pouvoir et une certaine situation d'exploiter les autres. Pour Sullivan, les braquages, les trafics, ça avait été une façon pour lui de prendre sa revanche, mais il s'était lamentablement planté. Aujourd'hui, ces abus se répétaient, avec Jonah Wilbur, avec l'administration corrompue et avec cette entreprise déshumanisée et seulement poussée par les profits, venus tout leur prendre.

Il endoctrina Jarod, en lui expliquant qu'il était fort, que c'était devenu un homme intelligent, qu'il pourrait aider son père à faire ce qu'il n'avait pas pu faire par le passé et que ses talents manuels, tout ce que Easton lui avait appris, il pourrait s'en servir pour lui rendre hommage à sa manière ; parce que, selon Sullivan, il était certain que depuis le ciel, son oncle devait être outré de constater ce qui leur arrivait et la manière dont on les avait volés. Inspiré par son paternel, le jeune homme se lança dans un nouveau train de vie qui débuta, une fois les ventes bouclées et la maison quittée, par filer en road trip à travers le Texas en moto afin de se changer les idées et surtout, de laisser passer du temps. Ils partirent d'abord au nord d'Amarillo et visitèrent les grandes villes, ainsi que des lieux historiques du Texas, en mémoire de Easton, descendant vers le sud en passant par les terres puis le long des frontières mexicaines.

Histoire - Chapitre V

Les Blake réalisèrent un tour presque complet du Texas durant six mois, en profitant de l'argent mis de côté pour subvenir à leurs besoins et leurs envies, de quoi se faire à une nouvelle vie plus nomade pour Jarod et un retour aux sources pour Sullivan. Ils s'accordèrent aussi un dernier arrêt à Dallas où ils dépensèrent une bonne part de ce qui leur restait afin d'acheminer petit à petit du matériel vers leur caravane où ils pouvaient bénéficier d'un grand terrain loin des regards, les occupants des caravanes voisines plutôt simples et sympathiques se fichant bien des raisons de ce qu'ils faisaient. Ils accomplirent plusieurs allers-retours à Dallas et retirèrent progressivement ce qui leur restait en liquide afin de dissimuler ces achats, autant que faire se peut. Bleus de travail, casques de moto, gants, ruban adhésif, outillages, enclume, table à scier, four cylindrique mobile et toutes sortes d'autres choses qu'ils acheminèrent notamment en louant à un voisin une voiture et sa remorque à plusieurs occasions.

Jarod put se remettre à de la petite forge et de la menuiserie afin de confectionner du matériel fait maison, de quoi minimiser les risques de se faire pincer et surtout avoir du sur mesure, tandis que Sullivan prenait soin d'espionner et suivre Jonah, localisant sa maison, faisant l'inventaire de son train de vie et de ses habitudes, tout ce qui pouvait leur permettre de monter un coup simple : cambrioler sa maison. Ils savaient, des habitudes passées de Easton qui tenait ça d'une tradition familiale, que les économies avaient meilleure mine sous le matelas comme on dit, que dans un compte en banque. Ils comptaient ainsi sur le fait de trouver du liquide chez lui, ainsi que des bibelots et des bijoux qui appartiendraient à sa femme. Après plusieurs semaines de préparation, durant lesquelles Sullivan mit en pratique l'enseignement qu'il avait commencé à donner à Jarod par des récits oraux lors de leur road trip des mois passés, ils se décidèrent à passer à l'action en pleine nuit et entrèrent par effraction dans le pavillon de Jonah, situé dans un quartier plutôt aisé.

La seule caméra n'avait pas suffi à les dissuader et Sullivan voulut entrer de nuit pour éviter de se faire remarquer, mais également voler Jonah sous son nez. Les Blake parvinrent à se faire assez discret pour fouiller une bonne partie de la maison sans réveiller le couple, qu'ils avaient noté n'avait pas d'enfant. Après une bonne heure de recherche, ils trouvèrent dans le bureau de Jonah, qui servait aussi de dressing pour sa femme, bijoux et perles, ainsi qu'une valise pleine de billets planquée dans un recoin de mur de dressing, un détail qui aurait pu passer inaperçu dans cette pièce bordélique et bondée de sacs, de vêtements et d'autres conteneurs, néanmoins c'était mal connaître la faculté de Sullivan de ne pas lâcher prise une fois qu'il a mordu. Fatalement, si la bêtise de Jonah était lourde, son sommeil l'était moins et il finit par être réveillé des grincements et quelques bruits diffus dans la maison.

Mal réveillé et pas réellement alerté, celui-ci sortit de la chambre pour gagner les toilettes et tomba presque nez à nez avec les cambrioleurs qui rejoignaient l'escalier. Quelques secondes d'incrédulité s'installèrent avant que l'insupportable voix cassée de Jonah ne résonne - effrayé et outré - et cette fois, c'est Jarod qui, surprenant une fois de plus son père, laissa exploser sa haine à l'égard du type qui avait tout fait pour pourrir leur existence en allant d'une emportée vive jusqu'à lui afin de le matraquer à coup de pied de biche ; s'interdisant tout de même d'utiliser le haut côté crochets. S'il évita la tête par crainte de le tuer d'un mauvais coup, n'étant pas rendu à une telle extrémité et conservant tout de même une certaine lucidité en dépit de l'adrénaline et le sentiment de puissance, il ne manqua pas de s'acharner sur ses membres jusqu'à ce qu'un craquement sous le genou droit laisse comprendre qu'il venait de lui casser la jambe en plus des autres blessures.

L'accès de violence excessive, témoignant du fait que Jarod avait cumulé tout ce temps une sourde colère dont les origines venaient de bien des années plus tôt - et même de sa tendre enfance au vécu traumatisant par bien des aspects, alerta la femme de Jonah à son tour et son cri su mieux qu'aucun autre faire sirène dans les alentours, la rouquine se précipitant presque immédiatement vers la fenêtre pour l'ouvrir et s'assurer que son hurlement saurait alerter l'ensemble du quartier. Les Blake prirent la tangente aussitôt, le stress grimpant en flèche et le cœur de Jarod battant la chamade, c'est lui qui mit le sac sur son dos et une fois leurs motos enfourchées au bout de la rue, ils filèrent chacun de leur côté comme prévu. Dans cette valise d'argent bien moins intelligemment planquée que celle de Easton, se trouvait cependant presque deux fois plus de liquidité, ce qui fut pour Sullivan le meilleur coup de sa vie et aussi une satisfaction partagée par Jarod d'avoir assouvi cette vengeance si longuement nourrie.

Dès le lendemain cependant, la fièvre du succès retomba et Jarod ressentit une vraie peur de voir débarquer la police, autant que le méfait infligé à cet homme, même s'il le considérait comme légitime, le travailla beaucoup. Était-il devenu un vrai délinquant à son tour, comme son père ? Certainement, il ne pourrait plus faire machine arrière maintenant. Néanmoins, était-il aussi devenu un sale type, après ce qu'il avait sauvagement administré au frère Wilbur ? Il était tiraillé entre une certaine satisfaction de l'acte accompli et la honte d'imaginer ce que Easton aurait pensé de lui, en sachant ce qu'il avait fait. Une manière pour lui d'incarner la voix de sa conscience. Pour Sullivan, les choses étaient très différentes : il débordait de joie d'avoir réussi ce coup et surtout de fierté à l'égard de Jarod qui n'avait montré aucune hésitation à donner une leçon à Jonah que celui-ci n'était pas près d'oublier, tout en se montrant le moteur de cette réussite grâce à ce savoir-faire presque inné qui ne demandait qu'à être affiné, et s'affirmer.

Jarod est à présent majeur de sa vingt et unième année et sa vie a basculé, de manière irrévocable. À partir de ce jour, la vie de Sullivan et Jarod va être rythmée par une succession de cambriolages, dans des secteurs éloignés de leur lieu de résidence afin de réduire les pistes pour la police. Ils ne seront jamais inquiétés du cambriolage et de l'agression de Jonah, sans savoir pourquoi, mais au regard de Sullivan, c'était le signe de Dieu qu'ils avaient bien agi. Si le père était plus prompt à aller vers des coups lucratifs au détriment d'une certaine morale, Jarod nourrissait plus de réserve et craignait par-dessus tout voler ou faire du mal à des gens qui ne le méritaient pas forcément. Ils ciblaient ainsi essentiellement des personnes aisées dans un premier temps, prenant le temps de tâter le terrain et de se renseigner par les canaux communs d'information avant de passer à l'action. Mais voler les riches n'était pas si évident et à plusieurs reprises, ils durent avorter leurs plans ou filer avant d'avoir mis la main sur un butin quelconque.

Les premières années, la paranoïa s'était bien installée, Jarod voyait dans chaque voisin un dénonciateur potentiel, chaque policier croisé une possibilité d'être pris en chasse, chaque plan monté la probabilité toujours croissante de passer la prochaine décennie au moins derrière les barreaux et foutre sa vie en l'air, mais ce sentiment, cette crainte intérieure, cette peur de subir les conséquences de ce train de vie anormal s'atténua peu à peu avec le temps et l'expérience. Il prit goût à l'adrénaline lors du passage à l'action, la peur pendant le méfait commis, l'amusement de la recherche et de la tactique de discrétion, ainsi que l'allégresse d'avoir réussi son coup ou ne serait-ce que s'en être sorti indemne et libre. Un panel d'émotions partagées avec son père dont il sera plus proche que jamais, passant des soirées entières à ressasser leurs manœuvres et les nombreux moments qu'ils aimaient à qualifier d'épiques où ils ont failli se faire prendre, ou dû se faire la malle le plus vite possible.

Histoire - Chapitre VI

En plusieurs années de délinquance, ils n'auront jamais été inquiétés, de par une certaine prudence dans le choix, l'espacement et l'ambition de leurs cambriolages, mais également du fait qu'ils commencèrent rapidement à se déplacer avec leur caravane, d'un terrain à l'autre. À diverses occasions, ils furent interrogés par la police pour ce type d'affaire, mais pas seulement, pour cause, les années noires du crime s'étaient accompagnées d'une recrudescence de vols et de braquages qui avaient été crescendo dans le centre texan durant les dernières années. Plus le temps passait, plus Jarod améliorait ses connaissances dans la forge, la menuiserie et la mécanique, trouvant un intérêt nouveau dans la lecture d'ouvrages techniques et dans l'apprentissage autodidacte, qui n'était pas sans mettre en relief la paranoïa toujours présente même si elle était atténuée.

Il pensait fréquemment à son oncle, et à la déception qu'il devait être pour lui, mais il était allé trop loin avec son père et celui-ci avait retrouvé le goût d'être un hors-la-loi, Jarod ne pouvait pas envisager de le laisser tomber. Alors, ils continuèrent à cambrioler et se lancèrent en l'espace de deux ans dans quelques braquages bien moins glorieux et plus dangereux encore, arme à feu oblige, de commerces et de sociétés pour piquer portefeuilles, bagues et bijoux principalement. Sullivan n'avait pas eu de mal à se refaire un réseau de types tantôt repoussants, parfois plus civilisés, souvent médiocres, mais avec un certain talent pour la revente en sous-main, et il avait donné à son fils des tuyaux de ce côté pour être capable de refourguer ce qu'il volait si d'aventure il lui arrivait malheur.

Plus Jarod vieillissait, et fatalement Sullivan, plus le sujet était abordé, quand bien même le fils ne voulait rien savoir. Coté filles, cela se résumait aux sorties en bar et en boite, soit avec le paternel, soit avec des connaissances peu fréquentables du « milieu », ce qui n'avait que peu ou pas de sens, ou bien simplement seul. Sans grand changement, Jarod n'avait pas de mal à attirer des femmes pour vivre de bons moments, voire des nuits entières, mais ça allait rarement plus loin. Parfois, il passait quelques semaines avec une femme qu'il pouvait voir régulièrement chez elle et même y rester quelques jours, toutefois il finissait par filer et souvent, ne donnait plus de nouvelles du jour au lendemain. Il était tout bonnement incapable de nouer de vraies relations, et à l'inverse, il avait su étoffer de manière acérée sa force de séduction et de persuasion pour accélérer ses approches et passer plus rapidement au temps du plaisir mutuel qui relevait davantage d'un défouloir temporaire, ce qui sur le coup n'était pas pour déplaire à ses partenaires, mais s'avérait plus propice à l'amertume dans certains cas lorsqu'il s'évaporait en bon malpropre.

Si les cambriolages avaient été moins à risques, les braquages avaient accentué de façon exponentielle les risques et forçaient les Blake à bouger de plus en plus fréquemment, et toujours plus loin, jusqu'à graviter autour de San Antonio à force de fuir. De même, les descentes policières étaient plus fréquentes et Jarod goûta à de courtes détentions, ceci étant, Sullivan et lui avaient établi une routine bien rodée : après chaque coup, ils se mettaient d'accord sur un alibi et son schéma de réponses qu'ils répétaient toute la journée durant si nécessaire, de manière à l'intégrer au mot près et le but du jeu devenait limpide, ne pas vriller d'une formulation. Un véritable jeu de rôle et d'imagination, où le scénario devait se tenir et rester cohérent, se confrontant et mettant à l'épreuve leurs récits, ils passaient plus de temps à préparer un interrogatoire en cas d'arrestation que dans l'élaboration et la pratique du méfait en lui-même.

Tel Tyler Blake en son temps, si tant est qu'il ait existé, ils arrivaient toujours à s'en sortir et rester dans l'impunité, quand bien même ça n'était pas toujours facile moralement et physiquement, le stress, la suspicion et la paranoïa latents leur bouffant la vie, ils se serraient les coudes coûte que coûte et restaient dans les limites du type de cible qu'ils avaient désigné. Ils ne se faisaient pas énormément d'argent au quotidien, c'était même assez modeste, cependant ils parvenaient ainsi à rester sous les radars des gros poissons, que ce soit dans le milieu criminel ou institutionnel. Ils le savaient : attirer l'attention qu'il ne faut pas, c'est signer leur fin et ils ne se sentaient ni les épaules ni la bêtise de jouer les durs et entrer dans la sphère au-dessus de la délinquance, voire du crime. Jusque là, ils avaient fait en sorte d'éviter tout dérapage, se contentant de coller quelques coups à un téméraire lors d'un cambriolage ou de maîtriser une personne en panique lors d'un braquage.

L'objectif : pas de bavure, pas de bordel, faire ça proprement et soigneusement. À quelques reprises, ils ont fait face à un tenancier armé qui n'avait pas l'intention de se laisser braquer et leur mot d'ordre était de battre en retraite sans demander leur dû. Au fond, même s'il trouvait davantage ses marques dans cette vie d'incertitudes et de délits, Sullivan craignait de perdre son fils, et inversement. Il n'y eut jamais de dispute, jamais d'éclat de colère entre eux-mêmes quand ils étaient de mauvaise humeur ou que l'anxiété les bouffait, le père aimait le fils plus que tout et le fils idéalisait son père, c'était son héros, son modèle, pas question de le remettre en cause ou d'envisager d'être différent de lui. À bien des égards, il voulait être sa fierté et son jumeau d'esprit et d'attitude, une admiration qui n'avait fait que croître à mesure que Jarod devenait un homme et même à l'approche de sa trentaine.

C'était là toute l'essence de cette vie : son père. Il avait perdu son oncle et s'était sans doute révélé être une terrible déception pour lui, probablement qu'il était encore, mais il voulait s'inspirer et inspirer son paternel, alors il vivait cette existence qui ne lui correspondait peut-être pas tellement, qu'il n'avait pas toujours autant envie qu'il voulait bien le dire. Même quand il remettait en question son train de vie - à défaut de douter de son géniteur, qu'il s'isolait pour réfléchir, qu'il se demandait ce que ça ferait de rester auprès de la femme avec qui il avait passé la nuit plus que ça, il n'avait jamais de reproche à l'encontre de son père. Et puis, leurs passions subsistaient, pour le motocross, pour les road trips, pour le sens du défi et du dépassement de soi, s'adonnant aussi bien à des courses de moto que des show acrobatiques ou des monsters trucks, une nouvelle lubie qu'ils s'étaient trouvée. Des divertissements qui pouvaient éclipser leur vie de délinquance durant des semaines, des mois ; une manière là aussi de se calmer et faire temps mort dans la perspective de se faire oublier.

Histoire - Chapitre VII

Combien de temps tout cela aurait pu durer ? Dix ans de plus ? Vingt ? Toute leur vie ? Un jour d'Automne de 2033, après avoir fricoté avec une étudiante d'Austin toute la nuit précédente et toute la journée, il rentra en début de soirée à la caravane un brin éméché et trouva son père recroquevillé et les yeux clos sur le canapé, face à la télé posée sur un promontoire à côté du coin cuisine et restée allumée. Le pensant endormi, il ira se prendre une bière et se prélasser sur le lit pour faire une sieste, jusqu'à ce qu'il s'étonne de ne pas le voir se réveiller trois heures plus tard et vienne le secouer d'une pression sur l'épaule en l'invectivant des taquineries viriles dont ils avaient l'habitude.

Sullivan ne réagissait pas et à mesure que les secondes passaient, et que l'incrédulité de Jarod était croissante, ses pressions se firent de plus en plus vives, jusqu'à le secouer avec rudesse et un emportement incontrôlé s'empara de lui. Il le fit basculer sur le dos et prit son pouls, marmonnant une répétition de « non » machinaux et hébétés, puis tenta un massage cardiaque qu'il n'avait vu qu'en films en réalité, reproduisant des gestes dont il n'était pas sûr, mais que son esprit en proie au déni espérait qu'il le ramène s'il insistait suffisamment. Son père était parti, comme ça, aussi soudainement que sans raison apparente - de par sa bonne conservation à sa cinquantaine - et dans le silence le plus total. Effondré et cédant à un désespoir qu'il n'avait jamais connu jusque là, Jarod perdit pied et il lui fallut des heures avant qu'il n'appelle une ambulance.

Après ça, ses souvenirs ne sont pas clairs, entre sa noyade dans des litres d'alcool quotidiens, sa passivité intellectuelle et sociale quand il n'était pas complètement saoul et son état quasi catatonique une fois isolé dans sa caravane où il passait le plus clair de son temps. Il eut bien du mal à le faire enterrer, tout simplement parce qu'il n'était plus vraiment là, plus tout à fait responsable, seul et abandonné par celui qui avait été sa seule vraie famille et son modèle presque fanatique. Jarod perdit l'appétit et se referma aussi bien physiquement que mentalement, plongé dans un désarroi qui l'éloigna de toute forme d'envie, de passion et d'activité. Ce mal être et cette colère endémique à sa personnalité profonde laissèrent place à des phases de névrose presque démentes, sans plus personne pour lui faire garder les pieds sur terre et empoisonné par tout l'alcool et le cannabis qu'il se mit à consommer de façon journalière plus qu'il ne se nourrissait, il développa des hallucinations passagères et des troubles récurrents qui en firent l'ombre de lui-même.

Les milliers de dollars planqués de quelques vols passés auront été durant cette période la seule chose qui l'empêchait de finir réellement à la rue, bien qu'en dehors de ce mince toit et la proximité d'une douche, pas grand-chose ne le séparait désormais de l'état courant propre à un sans-abri. Pendant des mois, il ne fit plus rien de son existence et se contenta de laisser passer le temps, occupé par ses déviances latentes qui prenaient de plus en plus de place et le poussaient à parler avec les fantômes de Easton et de son père, hurler sa rancœur ou se défouler de quelques explosions colériques en balançant toute bouteille qui avait eu le malheur de se faire vide ou proche de l'être. Bien vite, il se retrouva à vivre dans une porcherie empestant l'alcool et l'herbe et n'eut de contact avec d'autres êtres humains que ses voisins de caravane qui se plaignaient de lui plus qu'autre chose ou les gens qu'il croisait - sans jamais leur parler - dans ses promenades errantes durant lesquelles il pouvait parfois se perdre toute la nuit.

Il y avait des histoires d'agressions enragées dans de grandes villes d'états du nord, dont il entendait quelques mots du voisinage ou de passants, mais il n'y faisait guère attention, n'ayant ni internet et n'utilisant sa télévision que pour se prélasser devant des jeux vidéos qui lui permettaient de passer le temps et se rappeler tant de souvenirs avec son paternel. Parfois il se persuadait, à cause de ses hallucinations dues aux stupéfiants dont il avait tendance à forcer la consommation pour mieux en profiter, qu'il jouait avec son père et pouvait par conséquent rire à nouveau ou tenir de longues discussions à propos de tout et rien, plutôt rien que tout d'ailleurs. Un matin, après avoir avalé quelques gorgées d'alcool et regardé une énième, une centième fois la seule vidéo qu'il avait de son vieux père et qui le présentait enfant, il prit son arme, le casque de motocross de la jeunesse de Sullivan, enfila un bleu de travail sali de traces de peinture dont ils avaient eu l'idée de se faire passer pour des ouvriers lors de certains braquages, et enfourcha son deux roues avec pour objectif d'en réaliser un à la mémoire de son père ; ainsi que pour se faire un peu d'argent qui commençait sérieusement à manquer.

Il entra dans une agence-antenne de société marchande, le cran au-dessus de ce qu'ils avaient osé au cours des années et quand bien même il s'agissait d'un patelin plutôt modeste, puis ordonna aux agents de remplir le sac qu'il avait apporté tout en les menaçant, eux et les clients contraints de se mettre à terre, de son arme. C'était sans compter la présence d'un gamin qui, poussé par son innocence, le menaça d'un pistolet en jouet dans l'espoir sans doute déraisonnable de jouer les shérifs. Encore sous l'effet de ses épisodes névrotiques qui lui rognaient la vue et les pensées, Jarod vit chez ce garçon le visage de son père plus jeune qu'il avait imprimé à force de visionnages de la cassette héritée et se laissa submerger par sa crainte et sa peine. Il fit mine de lever les mains pour se rendre, puis partit en trombe en laissant le sac vide derrière lui et grimpa sur son motocross afin de prendre la fuite avant l'arrivée de la police. Il parcourut des dizaines de bornes, convaincu d'être traqué par la police - qui en réalité était arrivée trop tard - et regardant constamment derrière lui avant que sa démence légère mais imprégnée ne retombe et qu'il ne se ressaisisse, rentrant chez lui.

Son isolement presque excessif qui suivit ce fiasco le tint éloigné de l'évolution de l'épidémie, chose dont il avait cependant des échos progressifs par les discussions obsessionnelles et les éclats de voix des voisins qui étaient toujours plus inquiets, même terrifiés, de ce qui avait cours, sans parler des passants qui ne discutaient plus que de ça ou presque, laissant traîner quelques vidéos dont Jarod percevait des morceaux de bande audio.

Son indifférence ne perdura ainsi pas et il tourna de plus en plus le regard sur les gens lors de ses promenades, comme il observait ses voisins par la fenêtre de la caravane, ce qu'il n'avait pas fait depuis très longtemps. Un soir, ces histoires minant ses pensées, il se décida à allumer la télévision pour regarder les chaînes publiques et fut choqué de ces actualités suffocantes et hystérisées, et des images horribles qui étaient diffusées. Sous le coup des événements qu'il se mit à suivre avec attention, il se ressaisit parallèlement de sa dérive et diminua ses consommations au strict besoin de son addiction dans le but de ne rien perdre de l'évolution de la situation.

C'est un soir qu'il était scotché devant les nouvelles télévisées à propos de l'épidémie progressant dans les grandes villes, que l'on toqua à sa porte. Accaparé par les images et ses réflexions, il ouvrit distraitement, pensant à une nouvelle visite d'un voisin grincheux ou paniqué, mais il se retrouva face à deux inspecteurs de police, plaque autour du cou et leurs armes pointées sur lui. Moins de deux minutes après, il était traîné de force vers une voiture de police, le visage et les cheveux pleins de poussière, sous l'œil d'autres agents armés et des voisins médusés par le spectacle. Il ne pouvait s'en rendre compte alors, mais cette arrestation, autant que la pandémie, avaient ironiquement et pourtant d'une tragique manière empêché une mort imminente.

Inspiration intégrée


Annotation

L'histoire intra et post-apocalypse est pour le moment l'objet d'un secret scénaristique important. Elle sera potentiellement ajoutée dans l'avenir en fonction de la progression dans la trame.
Equipement Porté :
Capacité : 2/7
Épieu de chasse
Talkie Moderne
Accessoires Pratiques :
1er Munitions 3/3 : -
Tête : -
Torse : -
Bras : -
Flancs : -
Taille : -
Jambes : -
Véhicules 1/3
GMC Terrain 0/3
Contenants Personnels :
Dos 18/30
Grand sac
Console technologique (8)
Nécessaire d'usinage (5)
Kit d'affûtage (5)

Coffre 129/200
GMC Terrain
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